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Le serious game ou comment mener ses missions RH par le jeu ?

Tout savoir sur le serious game

Développé à l’origine par l’armée américaine pour entraîner et évaluer son personnel, ce principe englobe tout jeu qui a un autre objectif que celui de s’amuser. Dans les entreprises, les serious games peuvent aider à répondre à divers enjeux RH, du recrutement au management de talents. Si ce sont surtout des solutions numériques qui sont connues aujourd’hui, à ses origines et dans les années 1960 et 70, un serious game pouvait prendre la forme d’un jeu de carte ou de plateau sur le modèle des jeux de société, ou encore des jeux de rôle. Cette modalité d’apprentissage et d’évaluation se fait aujourd’hui l’allié des employeurs dans les diverses transformations d’entreprises. 

1. Le serious game : définition d’une méthode engageante

Une composition pédagogique. Les serious games ont en général une véritable architecture basée sur un ou plusieurs objectifs précis et peuvent comprendre des niveaux à valider ou encore des obstacles à surmonter. À la différence de la gamification que nous avons évoqué récemment, qui vise plutôt à susciter l’intérêt et à engager davantage les collaborateurs, le serious game vise un objectif d’apprentissage ou d’évaluation des compétences précis.

Une expérience motivante. Mêlant le divertissement et l’envie d’obtenir un résultat ou d’arriver la fin du parcours, les mécanismes du jeu structuré font appel à l’esprit de compétition des joueurs. Par exemple, le tableau de bord peut afficher un classement de la performance ou rappeler la récompense à la clé. En se focalisant sur des objectifs positifs, les joueurs s’impliquent davantage dans le processus d’apprentissage, d’évaluation ou de découverte de l’entreprise.

Les fonctionnements motivants incitent à l’engagement et mobilisent l’attention des participants. Le serious game utilise différents leviers de jeu comme le jonglage des informations, la valorisation des scores pour maintenir la motivation et une concentration optimale.

Une approche ludique et moins douloureuse ou rébarbative de la montée en compétences. Le serious game interpelle par son originalité, mais aussi par son processus cognitif qui facilite l’ancrage des savoirs et propose une expérience collaborateur positive qui ne manquera pas de renforcer la marque employeur de l’entreprise.

 

2. Le serious game booste les missions RH

Les serious game se prête à une multitude d’enjeux les trois principaux étant la montée en compétences, le recrutement et l’intégration de nouveaux collaborateurs. Dans le sillage du 100% télétravail sur les Français, la possibilité de prendre part à un serious game digitalisé montre l’ouverture de l’entreprise et son appétence pour les nouveaux modes de travail. Sachant qu’une grande partie des salariés français souhaitent poursuivre le télétravail à temps partiel.  

Recrutement : l’attractivité d’un processus modernisé

Le marché du recrutement a évolué rapidement, emmené par les plateformes en ligne et les méthodes innovantes, les employeurs doivent mettre toutes les chances de leur côté pour séduire les meilleurs profils, notamment sur les postes pénuriques. De plus, trouver le bon profil sur papier doit dorénavant s’accompagner d’une complémentarité comportementale. Le processus de recrutement doit ce double enjeu de taille. De leur côté, les candidats étudient leurs opportunités avec plus de discernement. Les questionnements suscités par la crise sanitaire et le temps de réflexion les ont rendus plus regardants sur les modalités d’emploi et l’environnement de travail. 

Le serious game s’intègre parfaitement à la culture du distanciel développée au cours de ces 20 derniers mois. Pouvant être effectué à distance et parfois de manière asynchrone. Pour les entreprises recrutant à l’étranger, il peut également être traduit en différentes langues.  

Sur le recrutement de profils juniors, le serious game permet à une entreprise qui ne serait pas sur leur radar de capter leur attention. Devant l’inefficacité de la traditionnelle candidature CV et lettre de motivation, les entreprises aux recrutements importants dans cette tranche d’âge ont sauté sur l’occasion pour mettre à jour leur démarche en proposant des étapes de recrutement pouvant être effectuées directement sur smartphone. Ainsi, le serious game participe à mettre en avant une marque employeur innovante et tournée vers les nouveaux usages.

Une autre valeur ajoutée, le serious game campe une évaluation plus réaliste des candidats et vise à réduire le niveau de stress des candidats en offrant une expérience ludique. Par un parcours immersif, le participant est directement mis en situation, ceci permet aux recruteurs de mieux discerner ses traits de caractères et analyser son comportement face à certaines situations. Un outil de recrutement efficace pour cerner les soft skills d’un candidat, le serious game met en évidence la gestion du stress ou encore la capacité à rapidement décrypter une situation et la prise de décision. La mise en situation comme mode d’évaluation permet aussi de réduire l’impact des biais cognitifs sur la sélection des profils puisque cette modalité met de côté le genre, l’âge ou l’origine du candidat. 

Pour le candidat, c’est une manière d’anticiper le type d’expérience auquel il sera confronté pour mieux se rendre compte de la réalité du poste pour lequel il postule. Au fil du parcours, le serious game peut contribuer à mettre en lumière l’environnement de travail, le rôle de chacun et éventuellement les processus de travail qui seront utilisés au quotidien. 

L’onboarding : faire connaissance par le jeu

Une intégration efficace des nouveaux collaborateurs est un enjeu majeur du recrutement puisque cette période charnière de l’expérience collaborateur peut par la suite pousser au départ ou au contraire un engagement supérieur. Un serious game qui vient soutenir l’onboarding d’un collaborateur va l’accompagner dans ses premiers pas dans l’entreprise et l’aider à se familiariser avec les codes culturels et à comprendre les différentes parties de l’organisation.

Au travers des mécanismes de jeu, les nouveaux collaborateurs prennent leurs repères et adoptent une approche proactive devenant ainsi acteurs de leur intégration. Par exemple, un scénario de serious game tourné vers le contact peut aider les timides à aller vers les autres, poser des questions et explorer les locaux au fur et à mesure qu’ils avancent dans le jeu.

La formation : allier apprentissage et pratique

Sous l’effet de l’obsolescence des compétences, les efforts de formation en entreprise vont s’intensifier et faire davantage partie du quotidien des salariés, au risque de devenir répétitifs. Le serious game va alors animer le processus d’apprentissage et l’inscrire dans les modalités de télétravail. Il va aussi rendre la formation plus accessible aux nouvelles catégories de salariés qui se développent suite à la crise sanitaire comme les travailleurs nomades. 

Par son approche décalée et ludique, le serious game facilite la prise d’informations, en particulier quand il s’agit de processus liés à des situations complexes. Selon la chercheuse belge Emilie Gaspard de l’Université libre de Bruxelles, la prise de décision active renforce l’activité de notre cerveau. Ce même mécanisme est à l’œuvre dans un serious game et renforce l’apprentissage de compétences spécifiques par une pratique virtuelle presque immédiate des nouveaux acquis.

Le serious game valorise le droit à l’erreur, crucial dans un parcours de formation. Le jeu encourage à tenter des solutions parfois inhabituelles, là où peu de situations professionnelles offrent cette possibilité. Un des mécanismes de jeu importants consiste à mettre à un espace d’expérimentation en place pour inviter les participants à exercer leur créativité et leur sens de la logique. Il s’agit de tester des hypothèses qu’ils échafaudent à l’aide des informations données par le jeu. Finalement, se tromper fait partie des modalités acceptées, à condition de s’en servir pour progresser et atteindre l’objectif de complétion du jeu.

Enfin, la digitalisation du serious game permet de pouvoir suivre l’évolution de l’apprentissage en temps réel et d’en tirer des données quantifiables. Il offre des insights plus précis et immédiats que lors d’un parcours de formation classique. Les aspects à réviser ou réitérer sont mis en évidence et il est facile de cibler l’apprentissage sur les points faibles et sujets qui peinent à être assimilés et rend la personnalisation de l’apprentissage plus accessible. La fréquence des sessions, les niveaux à repasser, la répétition des questions, ces éléments peuvent être modulés en fonction du progrès du participant évitant de cette manière la frustration d’un processus d’apprentissage inadapté.

Aller plus loin avec les soft skills

Le serious game peut aussi accompagner une transformation culturelle et comportementale de l’entreprise. S’il est grand temps d’instaurer des dynamiques plus saines et positives, le serious game joué par équipe vient stimuler les interactions et révéler les fonctionnements problématiques. Se confronter à ces comportements dans un milieu virtuel où il est possible de retenter sa chance avec une approche différente montre aux collaborateurs qu’une autre manière de procéder est possible et parfois plus adaptée. Un escape game au timing prédéfini peut aider à améliorer la communication, notamment dans des situations sous pression. Dans un autre cas de figure, le jeu peut aider à dénouer une situation qui oppose des opinions divergentes et aider les collaborateurs à mieux accepter les idées proposées par leurs pairs.

Même si la liste des soft skills est longue en voici quelques-uns qui se prêtent au serious game :  

  • L’empathie exercée dans le travail collaboratif et l’appartenance à un groupe.  
  • La prise de décision reposant sur la prise en compte de tous les éléments, la concertation et la capacité à trancher.
  • L’ouverture d’esprit d’envisager d’autres solutions et des moyens de réflexion différents.
  • La créativité dans l’exploration de nouvelles solutions et l’expérimentation.

Dans tous les cas, le serious game ne peut tenir ses promesses que si l’ensemble des acteurs s’investissent dans la démarche.

Renouer avec la quête de sens

De manière plus globale et stratégique, le serious game permet d’exposer ses missions d’entreprise de manière plus parlante et de traduire ses valeurs avec pertinence, en passant de la théorie à la pratique. Dans ce sens, il offre une réponse à la fameuse quête de sens intensifiée par la crise sanitaire. Au travers du serious game pour le recrutement, le candidat plonge dans la mission de l’entreprise pour mieux se rendre compte de la réalité du poste et si ces conditions le motivent. Dans le cas d’une formation, l’apprentissage met l’employabilité au centre et rappelle au collaborateur les raisons pour lesquelles il a rejoint l’entreprise et choisi ce métier. En se plongeant dans un univers virtuel, on s’immerge dans une bulle le temps du jeu ce qui peut contribuer à faire baisser les barrières et le stress du quotidien. Cette expérience hors du temps déclinée au mode collectif rassemble et invite à renouer les liens après une période d’isolation et à retrouver un sens commun.

 

3. Les bonnes pratiques pour mettre en place un serious game

La préparation d’un serious game doit intégrer en priorité les objectifs d’évaluation, d’apprentissage ou de fidélisation. Il s’agit donc de se poser les bonnes questions qui vous servir à l’élaboration de la trame du jeu :

–        Quel est l’objectif pédagogique ? Quels apprentissages sont prioritaires et lesquels sont secondaires ?

–        Quelles compétences seront sollicitées lors du parcours de jeu ? Le niveau de compétences numérique des participants s’y prête-t-il ? De quels outils digitaux disposent-ils ?

–        Comment est-ce que le serious game peut améliorer la qualité de vie au travail ?

–        Quels sont d’autres avantages qui peuvent amener les participants à jouer à ce jeu ?

 Miser sur le storytelling du jeu. Le principe du serious game est qu’il soit mémorable et suscite le plaisir d’apprendre. Une conception et rédaction entraînante contribuera à augmenter l’intérêt et donc la mémorisation à l’aide de situations parlantes comme un cas client récurrent ou encore la gestion de crise.

Réduire les freins au serious game. Une technologie accessible et des modalités de participation souples sur la base du volontariat faciliteront la prise en main du jeu.

Communiquer sur le projet. Une série d’actions de communication s’offrent à vous. La présentation du serious game doit lui ressembler. Pourquoi ne pas faire une rapide vidéo de présentation que vous pourrez diffuser dans une campagne d’emailing ou intégrer au site carrière de l’entreprise. Dans le cas de la formation, les RH et managers doivent être suffisamment formés à l’outil pour répondre aux questions des salariés.

Attention à la réglementation sur les données RH. Lors de leur participation à un serious game, les participants devront donner un certain nombre d’informations. Dans ce cadre, l’entreprise doit veiller à bien expliquer aux candidats le fonctionnement de la méthode par rapport au recrutement, assurer la confidentialité des résultats et justifier de la pertinence du jeu par rapport à sa candidature. Les informations requises doivent uniquement concerner l’évaluation des aptitudes professionnelles du candidat. Le détail de sa situation personnelle, ses opinions politiques, sa religion ou encore s’il appartient à un syndicat ne peuvent être demandés selon la CNIL et les dispositions de l’article L.1221-7 du Code du travail. Dans le cas d’un rejet de candidature, les informations doivent être traitées suivant la volonté du candidat : soit effacées, soit enregistrées pour une candidature future sur une durée limitée à deux ans. 

 

4. Exemples de serious game

À présent vous voilà équiper pour décider si un projet de serious game servirait les intérêts de votre entreprise, notamment des ressources humaines. Pour finir nous vous exposons quelques exemples des pratiques actuelles en guise d’inspiration.

« Révélez vos potentiels » d’Harmonie Mutuelle

Dans le cadre d’une transformation des métiers dans le secteur de la mutualité qui connaît une forte digitalisation, Harmonie Mutuelle souhaitait maintenir l’employabilité via l’upskilling et accompagner les collaborateurs vers des nouveaux métiers dans le secteur. Un deuxième enjeu de performance était d’être en mesure de rester compétitifs face à des concurrents d’un nouveau genre venant des milieux technologiques, à l’instar d’Amazon qui vient de lancer son offre de mutuelle aux États-Unis.

Le serious game s’inscrit donc dans cette démarche globale en trois parties qui vise à rendre les collaborateurs à être plus autonomes dans leurs parcours de carrière et moins tributaires de leur manager dans leur orientation professionnelle. Lancé dans le cadre d’un événement, le serious game invitait les collaborateurs à mieux connaître les clients, leurs besoins et l’état du secteur de la mutualité à l’ère du tout digital.

Mieux informé sur ses possibilités d’évolution, le collaborateur aborde de manière plus constructive les plateformes d’évaluation des compétences et d’apprentissage en libre-service mises à disposition dans le cadre du programme. Inscrit dans un projet RH dont il n’est qu’un volet, le serious game donne un coup de pouce à la communication interne et à la gestion des talents par les ressources humaines

Saint Gobain Brain facilite l’onboarding

Le serious game qui intègre une intelligence artificielle est destiné à renforcer la marque employeur du groupe en faisant découvrir la culture d’entreprise et les différents enjeux du groupe : l’achat et la commercialisation vers différents types de clients, la recherche et le développement des transports de demain et les métiers de sa supply chain. D’une durée de 10 à 12 minutes, le jeu s’ouvre sur une chasse aux indices au travers de trois environnements : le point de vente, le laboratoire et l’usine innovante. L’intelligence artificielle guide le joueur qui va tenter de résoudre trois énigmes et quinze défis. Le jeu s’adresse en priorité aux jeunes diplômés et aux profils juniors et fait appel aux soft skills du participant (logique, agilité, imagination, etc).

Le jeu permet aussi de lever des fonds vers des associations que Saint-Gobain soutient. Au fur et à mesure que le compteur de points monte, le joueur peut débloquer un don vers l’association Habitat for Humanity en France.

La  « Renault Academy »

L’entreprise automobile multinationale a choisi de répondre à son besoin récurrent de formation des commerciaux par un serious game accessible partout dans le monde. Ainsi, le parcours de jeu forme aux différents entretiens de vente et typologies de clients. Le jeu existe dans plus de vingt langues en auto-formation virtuelle et en formation présentielle.

« Sauve une vie » initie aux premiers secours

Cette vidéo interactive, développée par un organisme belge, est pensée pour inculquer les soins d’urgence à tout à chacun. Voici une manière rapide et flexible de former ses salariés aux premiers secours. Ici, la combinaison de l’acquisition des savoirs et la rapidité d’action requise équipe les participants des bons réflexes à appliquer dans une situation réelle.

Nanorider sensibilise à l’investissement dans l’innovation

Le jeu Nanorider développé par Grenoble Ecole de Management et le Cea Leti en 2013 vise à éduquer ses joueurs sur le rôle des nouvelles technologies dans l’entreprise, même les plus complexes. Sous forme d’un jeu de plateau, la formule implique plusieurs joueurs, chacun détenteur d’un titre (direction financier, marketing, directeur juridique, etc.). L’idée est de faire comprendre que chaque choix d’intégrer l’innovation dans l’entreprise est collectif malgré les différents impératifs de chaque partie prenante. L’innovation devient alors un enjeu commun à tous dans le sens où elle apporte une solution et de la valeur à tous les participants. Une proposition pragmatique pour se défaire idées reçues sur l’innovation dans le cadre de la transformation technologique, ce jeu permet de dépasser la complexité d’une nouvelle science pour se rendre compte de l’importance d’établir une culture d’entreprise ouverte à l’innovation pour pouvoir la pérenniser. 

 

Sous la promesse d’un moment ludique, les serious game apportent une véritable solution tangible au défi d’embaucher et de développer les bonnes compétences dans un monde du travail à l’évolution rapide. En plaçant les collaborateurs ou les candidats au cœur d’une problématique avec des mécanismes de jeu motivants et un parcours structuré, le serious game offre un environnement propice à l’apprentissage. Il crée aussi les conditions pour mener une réflexion autour de son employabilité. En somme, les jeux sérieux invitent à la fois les collaborateurs et les employeurs à se positionner et anticiper l’avenir du travail.