• Accueil
  • Blog
  • Développer l’intelligence collective : l’importance des « soft skills »

Développer l’intelligence collective : l’importance des « soft skills »

Work & Play puise dans l’intelligence collective pour améliorer l’efficacité des séminaires et formation. Mais que cela signifie-t-il ?

Tout d’abord, dans le langage courant, l’intelligence peut être définie comme l’« aptitude d'un être humain à s'adapter à une situation, à choisir des moyens d'action en fonction des circonstances » [1]. En psychologie, il s’agit d’une quantité propre à chaque individu, représentant sa capacité à effectuer une large gamme de tâches, mesurable de différentes façons, dont la plus célèbre est sans doute le test de quotient intellectuel (QI). Le concept d’intelligence est le plus souvent appliqué à des individus, mais il peut aussi se décliner aux groupes. On parle alors d’intelligence collective, représentant, similairement, la capacité d’un groupe à effectuer un ensemble de tâches diverses.

Intelligence Collective

Pour illustrer l’importance de l’intelligence collective, je voudrais partager une anecdote. Vous connaissez peut-être le principe de l’escape game. C’est un jeu scénarisé dans lequel une équipe (généralement de 2 à 6 personnes) est enfermée dans une salle et a une heure pour s’échapper en résolvant des énigmes faisant appel à leurs capacités d’observation et de déduction. J’ai récemment effectué une partie dans une équipe de deux, ce qui est plutôt peu par rapport à la moyenne. Ni moi ni mon coéquipier n’était particulièrement inquiet de notre faible effectif, mais peut-être que nous aurions dû. En effet, dès le début du jeu, le scénario nous a isolé dans deux salles différentes, ce qui change drastiquement la dynamique du jeu. D’habitude, le groupe se partage automatiquement l’exploration de la salle et la collecte des indices, puis les gens discutent en faisant le tour de la salle pour prendre connaissances de la totalité des éléments. Seul, le problème est tout autre. Premièrement, il faut tout examiner soi-même, ce qui prend un temps précieux. Mais surtout, il n’y a plus de filet de sécurité : si l’on passe à côté d’un indice, ou si l’on bloque sur une énigme, il n’y a personne pour faire une vérification supplémentaire ou offrir un autre avis. C’est là, à mon sens, que le manque d’intelligence collective se fait sentir : l’absence de perspectives complémentaires, dont la confrontation permet de faire émerger la bonne solution et de combler les lacunes individuelles. Le parallèle avec le monde de l’entreprise est simple : face à des problèmes divers et complexes, une personne donnée a rarement systématiquement la réponse optimale. En revanche, un groupe travaillant efficacement est plus susceptible de produire un meilleur résultat.

Naturellement, une question se pose : comment maximiser cette intelligence collective, pour avoir le groupe le plus performant possible ? C’est ce qu’a étudié une équipe de chercheurs américains (Woolley et al. dans ce qui suit), dans un article publié dans Science, l’une des plus prestigieuses revues scientifiques de recherche [2]. Ils ont étudié les facteurs principaux expliquant la performance de groupes sur des tâches diverses. Il en ressort que, contrairement à ce à quoi on aurait pu s’attendre, ni la moyenne des intelligences individuelles du groupe, ni l’intelligence individuelle la plus haute du groupe n’explique bien la réussite globale du groupe. En revanche, Woolley et al. ont découvert trois autres facteurs qui l’expliquent bien :

  • L’empathie moyenne des membres du groupe, mesurée par un test consistant à lire les émotions de personnes à partir de photos de leurs yeux [3].
  • L’alternance des temps de paroles : les équipes où seules une ou deux personnes dominent la conversation ne fonctionnent pas bien.
  • La proportion de femmes dans le groupe. Notons qu’il ne s’agit pas du sex-ratio, mais bien de la proportion de femmes : plus il y a de femmes dans le groupe, plus le groupe fonctionne bien. Woolley et al. pensent que ce facteur se recoupe avec le premier, car les femmes ont tendance à faire preuve de plus d’empathie.

Il semble donc y avoir deux types de facteurs principaux expliquant l’intelligence collective : l’empathie et la communication.

En ce qui concerne l’empathie, cela rejoint bien les observations faites par Google en 2013 [4]. En étudiant les qualités de leurs meilleurs employés, ils ont découvert que les compétences les plus importantes ne sont pas celles liées aux matières scientifiques, mais les suivantes : « être un bon coach ; bien communiquer et écouter ; bien comprendre les autres (ce qui inclut des valeurs et points de vue différents) ». Google a depuis lors élargi ses campagnes de recrutement aux diplômés de matières littéraires et de Master of Business Administration (MBA).

Pour ce qui est de la communication, les conclusions de Wooley et al. semblent en directe opposition avec la structure des entreprises, suivant traditionnellement le modèle de hiérarchie pyramidale. Mais est-ce bien le cas ? Chez Amazon, le fondateur Jeff Bezos a instauré une règle, à laquelle certains attribuent le succès du géant de la logistique [5] : toute équipe interne doit pouvoir être nourrie avec deux pizzas. Cette règle peut paraître étrange, mais l’explication est simple : une petite équipe réduit le temps consacré au management et facilite la communication entre ses membres. Bezos a plus tard ajouté que les équipes devraient fonctionner de façon relativement indépendante pour des raisons de scalabilité [5]. Il semble donc que la structure des entreprises soit en train d’évoluer. Chez Valve Corporation, qui détient Steam, la plus grosse plateforme de distribution de jeux vidéos sur PC, l’organisation est purement horizontale : les employés n’ont pas de chefs, et décident eux-mêmes sur quoi ils vont travailler [6]. Les structures non pyramidales se retrouvent aussi dans la structure des start-ups, qui commencent leur existence avec des effectifs réduits, mais des tâches à effectuer aussi diverses que dans les grandes entreprises.

Chez Work & Play, la communication horizontale et la fluidité du partage des tâches sont cruciales au processus d’innovation. C’est pourquoi nous sommes convaincus de l’importance de développer l’intelligence collective, dans tout groupe ou toute structure. Pierre Lévy, philosophe et chercheur en sciences de l'information et de la communication, écrit : « le fondement et le but de l’intelligence collective sont la reconnaissance et l’enrichissement mutuels des personnes » [7]. L’enrichissement, c’est que les personnes peuvent apprendre les unes des autres. La reconnaissance, c’est que le groupe est capable de repenser son organisation et de mettre en avant les personnes qui ont quelque chose à apporter. Ce sont là les effets particulièrement bien adaptés au travail collectif et à la formation, que Work & Play cherche à mettre en œuvre au travers de ses solutions WaP #Live et #Synergy, conçues de façon à stimuler les interactions entre participants par le jeu, et à encourager les échanges et l’entraide.

Jean-Louis DINH

 

[1]         É. Larousse, « Définitions : intelligence - Dictionnaire de français Larousse ». [En ligne]. Disponible sur: https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/intelligence/43555. [Consulté le: 27-août-2018].

[2]         A. W. Woolley, C. F. Chabris, A. Pentland, N. Hashmi, et T. W. Malone, « Evidence for a Collective Intelligence Factor in the Performance of Human Groups », Science, vol. 330, no 6004, p. 686‑688, oct. 2010.

[3]         « Social Intelligence Test », Lab in the Wild. [En ligne]. Disponible sur: http://socialintelligence.labinthewild.org/mite/. [Consulté le: 28-août-2018].

[4]         « Analysis | The surprising thing Google learned about its employees — and what it means for today’s students », Washington Post. [En ligne]. Disponible sur: https://www.washingtonpost.com/news/answer-sheet/wp/2017/12/20/the-surprising-thing-google-learned-about-its-employees-and-what-it-means-for-todays-students/. [Consulté le: 28-août-2018].

[5]         A. Hern, « The two-pizza rule and the secret of Amazon’s success », The Guardian, 24-avr-2018.

[6]         L. K. Lee Dave, « Valve pioneers a boss-free business », BBC News, 23-sept-2013.

[7]         P. Lévy, L’intelligence collective: Pour une anthropologie du cyberespace. La Découverte, 2013.

 

Copyright 2018 Work & Play - Site réalisé par Caro-e-Crea